Quelles sont les leçons à tirer du World AI Cannes Festival (WAICF), qui s’est tenu la semaine dernière au Palais des Festivals ? En premier lieu, cette 5ᵉ édition marque un tournant : la pleine entrée dans l’ère de l’industrialisation. L’intelligence artificielle est sortie cette fois de la phase “wow” des démonstrations spectaculaires pour entrer pleinement dans une logique d’industrialisation. Trois grands blocs ont structuré les débats de ce sommet international : la montée en puissance de l’IA générative et des agents autonomes, l’ancrage concret de l’IA dans la santé, et la question stratégique de la souveraineté technologique. (Photo WTM : la danse des robots sur le stand de l'Institut EuropIA, l'un des initiateurs du salon cannois).
La consécration de l'émergence de l'Agentic AI
Première tendance forte que l’on retrouvait déjà depuis deux ans : la GenAI, popularisée par Chat GPT, n’est plus le seul sujet et de loin. Le salon a consacré l’émergence de l’”Agentic AI”, ces systèmes multi-agents capables d’exécuter des tâches complexes de bout en bout dans les systèmes d’information — lecture et analyse de documents, prise de décision, déclenchement d’actions automatisées.
Certains intervenants ont parlé du “plus grand saut depuis l’ERP” les logiciels Entreprise resource planning qui ont fait la fortune de SAP. Les retours d’expérience présentés montrent que les organisations disposant d’une gouvernance structurée et de métriques d’évaluation solides déploient jusqu’à dix fois plus de projets agents en production, avec des taux de succès nettement supérieurs.
L'axe majeur de la santé
Deuxième axe majeur : la santé. Le Health AI Summit a illustré le passage à l’échelle de solutions déjà opérationnelles dans les hôpitaux — diagnostic assisté en imagerie, détection précoce en oncologie et cardiologie, optimisation des blocs opératoires, télésuivi des patients. L’IA n’est plus expérimentale : elle s’intègre désormais aux flux cliniques et administratifs pour libérer du temps médical.
En parallèle, des discussions ont porté sur les “world models”, nouvelle génération de modèles capables de mieux planifier et raisonner, avec des applications en robotique, simulation ou conduite autonome.
L'enjeu central de la souveraineté
Troisième enseignement clé : la souveraineté devient un enjeu central. Les thématiques de Sovereign AI, de micro-datacenters (comme ceux du cannois PoliCloud) et d’architectures distribuées ont été omniprésentes. Banques, acteurs publics et industriels ont présenté des architectures combinant clouds européens, modèles open source maîtrisés et dispositifs renforcés de conformité au RGPD et à l’AI Act.
Dans les secteurs régulés, anticiper ces contraintes n’est plus seulement une obligation juridique : c’est un avantage compétitif pour déployer à grande échelle.
La question aujourd'hui : comment déployer l'IA à grande échelle sans se crasher ?
Au final, le WAICF 2026 acte un changement de maturité. La question n’est plus “faut-il faire de l’IA ?” mais “comment la déployer à grande échelle sans se crasher ?”. Les projets gagnants sont verticaux, étroitement co-conçus avec les métiers, adossés à une gouvernance robuste et à des infrastructures adaptées.
Pour les territoires, le message est donné : au-delà des modèles, l’enjeu se situe aussi dans l’écosystème — data centers, hubs d’innovation, partenariats publics-privés — condition indispensable pour capter durablement la valeur de l’IA. Une combinaison qui, sur la Côte d’Azur, fait déjà la force de Sophia Antipolis.