David Gurlé, fondateur de deux startups cannoises, Hivenet et PoliCloud, avait lancé l’an dernier au WAICF, sa société PoliCloud avec un premier de ses containers transformé en datacenter pour IA présenté officiellement. Il équipe d’ailleurs désormais la ville de Cannes. Celui qui est connu pour avoir donné naissance à la licorne (startup valorisée à plus d'1 milliard de dollars) Symphony aux Etats-Unis revendue depuis est revenu cette année au WAICF avec ses deux marques : Hivenet pour le logiciel et PoliCloud pour l’infrastructure. Nous l’avons rencontré. (Photo SN : David Gurlé devant un des serveurs PoliCloud).
SN : Si vous êtes présent cette année, est-ce plutôt pour HiveNet, pour PoliCloud, ou pour les deux ?
David Gurlé : Plutôt pour les deux. Nous nous sommes rendu compte, un an après notre présence ici, que l’infrastructure physique a besoin d’un cœur. Elle reste en quelque sorte une matière inerte sans le logiciel, qui en constitue le moteur. L’un sans l’autre peut fonctionner, mais lorsque les deux sont réunis, ils forment une symbiose unique et particulièrement performante. On peut très bien utiliser HiveNet sans l’infrastructure PoliCloud, ou inversement. Mais ensemble, ils créent une puissance opérationnelle très forte.
SN :Cette stratégie était-elle prévue dès le départ ?
Non, je ne prétendrai pas avoir eu cette vision initiale. En anglais, on dit : “Necessity is the mother of all inventions.” C’est exactement ce qui s’est passé. À un moment donné, chez HiveNet, nous manquions d’infrastructures GPU pour le calcul IA. Nous disposions du stockage, mais pas des capacités de calcul. Je me suis alors dit qu’il serait intéressant de créer une solution pour démarrer le moteur. Nous avons conçu le serveur que vous voyez derrière moi et commencé à l’utiliser. Cela nous a permis d’affiner notre logiciel, puis la demande est rapidement apparue. Nous avons alors compris qu’il y avait un véritable marché.
J’en ai parlé avec David Lisnard, qui a immédiatement perçu le potentiel. C’est ainsi que PoliCloud a été lancé ici, il y a un an.
SN : Comment résumer l’évolution en un an ?
Elle a été spectaculaire. Nous avons installé huit PoliCloud en moins de cinq mois, soit plus de 1 200 GPU, ce qui représente environ 5 % du parc de GPU en France. Aujourd’hui, le pays en compte environ 25 000.
Cette année, nous prévoyons d’installer 100 PoliCloud. Nous dépasserons alors les 40 000 GPU. Nous allons nous déployer en France, en Espagne, en Allemagne, au Maroc, aux États-Unis, à Dubaï et plus largement dans les pays du Golfe. La demande est massive : elle représente aujourd’hui dix fois notre capacité de production.
Cette demande provient d’abord des entreprises qui souhaitent disposer d’infrastructures pour leurs calculs d’intelligence artificielle. Elle émane initialement de HiveNet, qui exprime un besoin en infrastructures. Nous travaillons ensuite avec les collectivités, comme Dijon ou Cannes, et d’autres annonces seront faites prochainement. Nous leur expliquons qu’il existe une demande très forte et qu’elles peuvent participer à ce développement. Les réponses sont généralement très positives.
Nous observons également un intérêt croissant dans les secteurs agricole, énergétique et industriel, qui recherchent des infrastructures d’IA souveraines. La réalité est que la demande mondiale explose. Nous estimons que l’usage actuel de l’IA ne représente qu’un dixième de son potentiel par rapport à la population mondiale, et peut-être un millième par rapport aux usages futurs.
Le principal frein aujourd’hui est l’infrastructure elle-même : les capacités énergétiques et les connexions aux réseaux électriques nécessitent souvent entre trois et sept ans d’attente.
Un PoliCloud peut être déployé en cinq mois. Il ne nécessite pas de permis de construire, consomme peu d’énergie, n’utilise pas d’eau et requiert peu d’espace. Il répond donc rapidement à la demande tout en offrant une solution souveraine et de proximité. Cette proximité est essentielle : si un data center se trouve aux États-Unis, la latence peut atteindre 200 millisecondes, contre environ 10 millisecondes lorsque l’infrastructure est locale.
SN : Quelles sont les prochaines évolutions ?
Elles sont d’abord technologiques. Tous les six mois, nous améliorons la conception de nos serveurs. Nous sommes passés de 100 GPU par machine à 400 aujourd’hui.
Pour donner un ordre de grandeur, la France disposait d’environ 25 000 GPU en 2025. Meta en possède 600 000 et Grok environ 400 000. Cela montre clairement que la France est sous-dimensionnée et que les besoins resteront importants pendant au moins sept ans.
Notre solution arrive donc à un moment clé. Les délais de fabrication sont d’environ trois mois, suivis de quatre à six semaines de livraison et d’une semaine d’installation. En cinq mois, un PoliCloud est opérationnel.
SN : Où ces infrastructures sont-elles fabriquées ?
Les composants électroniques proviennent majoritairement d’Asie du Sud-Est : Chine, Hong Kong et Taïwan. L’assemblage final et les tests sont réalisés en France. Le logiciel constitue un autre volet stratégique. Nous innovons depuis plusieurs années dans ce domaine, notamment grâce à notre partenariat avec l’Inria. Nous collaborons avec treize laboratoires et bénéficions de l’apport d’une vingtaine de docteurs en informatique. Cela nous permet d’être à la pointe de la recherche.
La France reste en tout cas très attractive pour les entrepreneurs grâce à la qualité des talents et aux dispositifs publics comme le Crédit Impôt Recherche ou le soutien de Bpifrance.
SN : Vous avez levé 7 millions d’euros en juillet dernier. D’autres levées de fonds sont-elles prévues ?
Non. Nous sommes déjà cash-flow positifs. Un PoliCloud coûte entre 1 et 4 millions d’euros. Nous en avons vendu huit en 2025 et prévoyons d’en vendre une centaine cette année. Nous anticipons un chiffre d’affaires 2026 compris entre 150 et 200 millions d’euros, avec des marges solides.
SN : PoliCloud peut-il mener à une aventure comparable à Symphony, que vous aviez fondée et revendue ?
Je pense que PoliCloud peut dépasser Symphony d’un facteur dix. Symphony était positionnée sur un secteur financier très ciblé, alors que PoliCloud s’inscrit dans un marché sans véritable limite. Nous allons en vendre une centaine cette année, puis probablement un millier dans deux ans. À terme, ce chiffre pourrait atteindre 10 000 unités. Je vous laisse calculer le Chiffre d’Affaires. Une fois que les clients comprennent le potentiel, ils n’achètent plus un ou deux conteneurs, mais souvent vingt, quarante, voire cent.